Blog

Je crie tout le temps sur mes enfants : comment m’en sortir ?

Aucun de nous ne devient parent avec l’intention d’être dur avec ses enfants.

La plupart d’entre nous imaginons une vie de famille faite de sourires, de tendresse, de câlins et de douceur. Nous nous voyons élever nos enfants avec patience et profiter de ces années qui passent si vite. Personne n’imagine passer ses journées à répéter la même chose, à s’énerver pour une chaussette perdue, à hausser le ton parce qu’un enfant refuse de mettre ses chaussures ou à perdre patience pour la 10e fois de la matinée.

Pourtant, c’est une réalité que vivent énormément de parents. Et parfois, ce qui est le plus déstabilisant n’est pas seulement de constater qu’on crie, c’est de ne plus se reconnaître du tout.

Je crie sur mes enfants : je ne pensais pas devenir cette maman-là

Moi-même, la maternité a réveillé en moi des facettes de ma personnalité dont j’ignorais totalement l’existence.

J’ai toujours été quelqu’un de calme. J’aime prendre mon temps. J’aime la lenteur, la tranquillité, les journées sans programme, les petits plaisirs qui ne paient pas de mine : une tartine de pain chaud au petit déjeuner, un coucher de soleil rempli de couleurs, une caresse de mon chien… et je me sens parfaitement comblée.

Je n’ai jamais eu besoin de choses grandioses pour être heureuse. L’art de profiter des petites choses, je l’ai toujours porté en moi.

Alors, naturellement, j’ai imaginé que l’arrivée de mes enfants serait dans le prolongement de tout cela. Qu’ils s’inscriraient naturellement dans cette joie de vivre. Que nous serions tous heureux ensemble. Que nous affronterions tranquillement et sereinement les petits aléas du quotidien lorsqu’ils se présenteraient.

Puis je suis devenue maman.

Et dire que ma vie a changé serait un euphémisme.

Ma vie a été bouleversée, bien sûr, mais je m’y étais préparée. Je savais que j’allais manquer de sommeil, que mes journées seraient moins spontanées, que je devrais renoncer à une partie de ma liberté et que mes priorités allaient changer.

Là où je n’étais pas préparée, c’était de découvrir mon propre changement.

De personne calme, à l’esprit tranquille, je me suis découverte impatiente. Je me suis vue hausser le ton beaucoup plus vite que je ne l’aurais imaginé. Je me suis surprise à perdre patience pour une tache sur un mur, pour un verre renversé ou pour deux petites minutes de retard, des choses qui auparavant ne m’auraient fait aucun effet.

Et j’ai commencé à me demander : mais qu’est-ce qui m’arrive ?

Pourquoi devient-on plus irritable et pourquoi crie-t-on sur ses enfants ?

Nous ne sommes pas une autre personne lorsque nous devenons parents, nous sommes plusieurs personnes à la fois.

Avec le recul, j’ai compris que devenir parent ne faisait pas disparaître la personne que nous avions été avant. Les différentes parties de nous continuent d’exister.

  • Il y a la maman joueuse qui aime rire, construire une cabane dans le salon ou écouter les histoires interminables.
  • Il y a aussi la maman qui a besoin de calme, de silence, d’un peu d’espace pour elle.
  • La femme qui a besoin de se sentir libre.
  • La professionnelle qui aime son travail.
  • La personne qui a besoin de dormir.
  • Celle qui aime prendre une douche tranquillement, boire son café chaud, lire en silence, sortir dîner, marcher seule ou simplement ne rien faire.

Toutes ces parts existent encore.

Le problème, c’est que lorsqu’un enfant arrive, nous avons parfois l’impression que nous devons mettre toutes les autres entre parenthèses. Pendant un temps, cela peut fonctionner, puis, peu à peu, certaines parts commencent à réclamer leur place. Et elles peuvent le faire de manière assez bruyante.

Nos besoins ne disparaissent pas parce que nous devenons parents

Nous avons toujours besoin de repos, de calme, de liberté, de reconnaissance, de lien, de solitude, de plaisir, de mouvement, de créativité ou de temps pour nous. Nous avons besoin d’être autre chose que « maman » ou « papa ». Ce n’est pas égoïste, c’est juste humain.

Pourtant, nous avons souvent appris à considérer nos besoins comme secondaires. Ceux des enfants passent toujours en premier.

  • Le travail doit être fait.
  • La maison doit tourner.
  • Les repas doivent être préparés.
  • Les devoirs doivent être vérifiés.
  • Les rendez-vous doivent être organisés.

Alors nous repoussons encore et encore.

Sauf qu’un besoin ignoré ne disparaît pas nécessairement. Il s’accumule. Et lorsqu’il est longtemps ignoré, il peut finir par se transformer en irritabilité, en impatience ou en colère.

Bien souvent, ce qui semble être une colère disproportionnée contre un enfant qui a renversé son verre n’est pas vraiment une réaction à ce verre. C’est juste le résultat de la fatigue des trois dernières semaines.

Le verre renversé devient simplement la goutte de trop.

Quand notre système nerveux n’a plus de marge

Il existe aussi une dimension physiologique à cette transformation.

Lorsque nous sommes constamment sollicités, notre organisme peut finir par fonctionner en mode d’alerte. Nous devenons plus sensibles aux stimulations. Le bruit nous agresse davantage. Les demandes répétées deviennent beaucoup plus difficiles à supporter. Une dispute entre deux enfants peut nous sembler insupportable. Notre capacité à prendre du recul diminue. Nous avons moins de patience, de flexibilité et de disponibilité émotionnelle.

Dans ces moments-là, une demande qui aurait été parfaitement supportable un mardi matin après une bonne nuit de sommeil peut devenir insupportable un jeudi soir, après une journée de travail, trois nuits hachées et une maison sens dessus dessous. Ce n’est pas forcément que notre enfant est devenu plus difficile. C’est juste nous qui avons moins de ressources pour faire face à ce qui se présente.

Et puis il y a tout ce que nos enfants réveillent en nous

La parentalité ne nous confronte pas uniquement aux besoins de nos enfants. Elle nous confronte aussi à nous-mêmes. Nos enfants peuvent réveiller des émotions, des souvenirs ou des réactions que nous pensions avoir laissés derrière nous.

Nous pouvons alors :

  • entendre la voix de notre propre mère dans notre voix ;
  • reproduire les mots que nous avions pourtant juré de ne jamais prononcer ;
  • être agacés par des comportements pour lesquels nous avions été punis nous-mêmes lorsque nous étions enfants ;
  • ressentir une colère disproportionnée face à certaines attitudes ;
  • avoir l’impression de perdre complètement le contrôle dans certaines situations.

Et lorsque nous sommes déjà fatigués, ces réactions deviennent particulièrement intenses. C’est aussi pour cela que devenir parent peut être un véritable voyage intérieur. Parce que nos enfants nous amènent parfois à mettre de la lumière sur des endroits de nous que nous n’avions jamais eu besoin de regarder auparavant.

Comment arrêter de crier sur ses enfants ?

La première chose à comprendre est peut-être que l’objectif n’est pas de ne plus jamais ressentir de colère. La colère fait partie de la vie. Vous pouvez être profondément attaché à votre enfant et ressentir parfois une immense irritation à son égard. Le problème n’est pas l’émotion, c’est ce que nous en faisons.

Et plutôt que de chercher uniquement à contrôler nos cris, il peut être beaucoup plus intéressant de comprendre ce qui se passe juste avant.

1. Commencez par écouter ce qui se passe derrière la colère

La prochaine fois que vous sentez la colère monter, essayez de vous demander :

Qu’est-ce qui est en train de se passer pour moi ?

  • Ai-je besoin de repos ?
  • De silence ?
  • D’aide ?
  • De reconnaissance ?
  • De solitude ?
  • De soutien ?
  • D’une pause ?

La colère n’a pas forcément besoin d’être supprimée, elle peut être entendue comme un signal qui mérite d’être écouté.

2. Réintroduisez des petites choses qui vous nourrissent

Vous n’avez pas besoin de partir seule trois semaines aux Maldives pour prendre soin de vous. Parfois, ce sont les petites choses qui permettent de retrouver le contact avec soi.

  • Boire un café chaud.
  • Feuilleter son magazine préféré.
  • Marcher seule.
  • Écouter de la musique.
  • Faire quelque chose de ses mains.
  • S’asseoir cinq minutes au soleil.
  • Rire avec une amie.

Ce qui compte n’est pas nécessairement l’activité en elle-même. C’est ce qu’elle vous fait ressentir.

3. Arrêtez de considérer vos besoins comme un luxe

Se reposer n’est pas une récompense que l’on mérite après avoir terminé toutes ses tâches. Ce moment où tout sera terminé n’arrivera d’ailleurs probablement jamais. La maison aura toujours quelque chose à faire. Les enfants auront toujours quelque chose à demander. Le linge et la vaisselle finiront toujours par revenir.

Si vous attendez d’avoir tout donné pour vous occuper de vous, vous risquez d’attendre encore longtemps. Rassurez-vous : prendre soin de soi ne signifie pas penser moins à ses enfants. Cela permet justement d’avoir plus de ressources pour être disponible pour eux.

4. Observez les situations qui déclenchent vos cris

Si vous avez l’impression de crier tout le temps sur vos enfants, essayez de repérer les moments où cela arrive le plus souvent.

  • Est-ce le matin ?
  • Au moment des devoirs ?
  • À l’heure du coucher ?
  • Lorsque plusieurs enfants vous sollicitent en même temps ?
  • Lorsque vous êtes fatiguée ?
  • Lorsque vous avez l’impression de ne pas être écoutée ?

Cette observation vous permettra de passer de « Je suis incapable de garder mon calme. » à « Je remarque que je perds particulièrement patience quand je suis seule avec les enfants en fin de journée. » Dans le premier cas, nous nous jugeons. Dans le second, nous commençons à comprendre. La différence est immense.

5. Cherchez ce qui se joue derrière les réactions qui vous surprennent

Si certaines situations provoquent chez nous des réactions particulièrement fortes, prenez le temps de vous demander :

  • Pourquoi cette situation me met-elle autant en colère ?
  • Qu’est-ce qu’elle vient toucher chez moi ?
  • Est-ce que je me sens impuissante ? Incompétente ? Ignorée ? Débordée ? En danger ? Pas respectée ?

Comprendre ce qui se passe réellement permet déjà de créer un peu de distance entre le déclencheur et la réaction. Et lorsque certaines blessures sont anciennes ou profondément ancrées, se faire accompagner peut permettre d’aller beaucoup plus loin.

Et si cette maman qui crie avait simplement besoin qu’on prenne soin d’elle ?

Derrière chaque maman qui crie, il n’y a pas toujours une maman qui manque de patience ou qui ne sait pas éduquer ses enfants. Il y a souvent juste une femme qui a trop donné.

Alors, avant de chercher uniquement comment mieux contrôler ses réactions, peut-être pouvons-nous commencer par nous demander :

De quoi ai-je besoin, moi aussi ?

Devenir parent nous transforme, mais cela ne devrait pas nous obliger à disparaître. La femme que nous étions avant d’avoir des enfants est toujours là, avec ses envies, ses besoins et ses petits plaisirs. Il faut parfois juste lui redonner une place.

Et je me dis que peut-être qu’une parentalité plus douce commence justement par là : réapprendre à écouter la personne que nous sommes devenue depuis que nous sommes devenue parent.

Par Elena Goutard, coach parentale et thérapeute familiale. Je reçois les parents en visio et à mon cabinet en région parisienne. Infos et prises de rdv sur mon site.

Articles similaires

Bonjour, je suis Elena

Coach parentale et thérapeute familiale, j’aide les parents à surmonter les défis du quotidien et à créer une relation épanouissante avec leurs enfants. À travers mes articles, je partage des conseils et des outils pour vous guider dans cette aventure.

Newsletter

Recevez toutes mes actualités

Abonnez-vous pour recevoir mes dernières actualités directement dans votre boîte mail. Articles, livres, événements : je vous partagerai de nombreuses informations pour enrichir votre parcours dans la parentalité. 

Abonnez-vous !